Démarche de recherche participative et formation à la collecte de témoignages à Bidart

Des projets de recherche enracinés dans des questions de citoyens et co-construits par les chercheurs et les citoyens, voilà une dynamique dans laquelle Anaëlle Guérin, gérante de Bird, se retrouve et pour laquelle elle a eu plaisir à apporter sa contribution. 

Une recherche participative

En 2017, un groupe de la commune de Bidart (Pays Basque), composé d’habitants, d’élu-es et de personnel de la mairie, a énoncé une question par curiosité et par besoin : Quelles ont été les évolutions des activités touristiques et agricoles de la commune de Bidart depuis le début du siècle dernier ? Quels impacts ont ces évolutions sur le paysage, l’urbanisme et les formes de vivre ensemble ? 

Dans le cadre d’une des démarches de recherche participatives « Nouveaux Commanditaires Sciences » mises en œuvre par la coopérative d’enseignement et de recherche l’Atelier des Jours à Venir (basée à Bidart), avec le soutien de la Fondation de France, ce groupe de « commanditaires » a formulé son questionnement et s’est lancé dans ce projet. Ils sont aidés et soutenus par Livio Riboli-Sasco et Maria Pothier, médiateurs de ce type de démarche. Une chercheuse, ethnologue, Terexa Lekumberri, travaillant à l’Institut Culturel Basque, est associée au projet. D’autres chercheurs et différents acteurs sont également associés au projet au fur et à mesure.

Ce projet de recherche autour de la commune de Bidart et de l’évolution de ses activités touristiques et agricoles est travaillé de manière interdisciplinaire et selon plusieurs axes : des recherches historiques et des collectes de témoignages, et une analyse géographique (cartographie passée et présente)*. La collecte de témoignages est réalisée par Terexa Lekumberri et par les commanditaires, les citoyens sont ainsi parties prenantes de la production des données qui permettront de répondre à leur questionnement.

Une formation à la collecte de témoignages

Invitation envoyée à l’ensemble des commanditaires intéressés pour prendre part à la collecte de témoignages.

Les commanditaires sont une dizaine de personnes, habitants et personnel municipaux, et les voilà motivés, actifs et entrainés dans une collecte de témoignages sonores. Recueillir un témoignage ne s’improvise pas. Même si le bon sens peut permettre d’éviter certains écueils, il faut être préparé avant la rencontre avec le témoin et pour la suite. Afin que les témoignages puissent être exploités et analysés dans le cadre du projet de recherche, autrement dit devenir des données, des sources exploitables, ils se doivent aussi de répondre à certains critères. Les médiateurs de la démarche ont alors fait appel à Anaëlle Guérin afin qu’elle puisse former, sur 2 jours, les habitants à la collecte de témoignages dans le cadre de la question qui les occupe. La formation s’est déroulée en novembre 2019. Les explications, ateliers pratiques, conseils et bonnes pratiques ont permis aux participants de connaître l’ensemble des étapes nécessaires et la méthodologie à suivre pour mener leur collecte de témoignages. Ils sont repartis avec les outils indispensables à la collecte, à savoir la liste des témoins (avec les critères de sélection des témoins) et le questionnaire, co-construits durant la formation, ainsi que le contrat de cession de droit à faire signer par le témoin et la fiche de synthèse et chronothématique à compléter pour chaque témoignage. Enfin chacun s’est vu attribué un binôme (un habitant avec un personnel municipal) et une répartition des témoignages a été réalisée. Cette formation fut une expérience enrichissante pour Anaëlle Guérin durant laquelle elle a pris plaisir à transmettre son savoir-faire et son expérience et à rencontrer ces citoyens, personnel municipaux, et chercheurs motivés et engagés dans un projet de recherche commun. Elle a également découvert davantage le Pays Basque, la commune de Bidart et son histoire !

Résultats et perspectives

A ce jour, 7 témoignages ont été collectés, dont 5 par les collecteurs bénévoles. L’année 2020, avec les difficultés liées à la crise sanitaire que nous avons tous connu, a suspendu à plusieurs reprises le projet et la possibilité d’aller à la rencontre des témoins, mais un premier résultat est là. Le travail de synthèse et d’analyse de ces témoignages a débuté, ainsi que le travail de croisement avec les données géographiques. Plusieurs éléments apparaissent sur la question de l’évolution des activités touristiques et agricoles à Bidart et de ses impacts. Les années 1960-1970 sont une réelle période charnière pour Bidart. Différents lieux de sociabilité au sein de la commune se révèlent être importants et évoquent de nombreux souvenirs aux témoins. La question de l’identité de cette commune, de sa spécificité, de qui est bidartar, de ce qui reste du Bidart d’autan et des potentielles solidarités nouvelles qui se créent, ainsi que des différentes pratiques sociales liées à des lieux particuliers et à des paysages, sont autant d’éléments et de sujets de questionnement qui vont permettre de poursuivre les recherches. 

Et au-delà de la question, de ces différents résultats et des perspectives pour la suite, la richesse du projet vient aussi de l’intérêt, de la curiosité et de la motivation des commanditaires, des échanges entre citoyens et chercheurs, et de la portée de la recherche scientifique pour la société, notamment pour la commune de Bidart et ses habitants. Comme l’Atelier des Jours à Venir l’écrit et l’affirme : « Il s’agit de collaborer pour créer une question commune, de partager des curiosités et d’explorer ensemble l’inconnu. »


* L’analyse géographique est réalisée par Clélia Bilodeau et des chercheurs du Laboratoire Dynamiques Sociales et Recomposition des Espaces (Université Paris Diderot – CNRS) avec la participation d’étudiants du Master Espace et Milieux (Université Paris Diderot).